Les champs d'or

Je suis assise sur ma banquette, autour de la table.

Chaque fois que je prends place ici, j'ai un profond sentiment de fierté qui m'envahi.

C'est moi qui ai conçu les plans de cet espace.

J'ai construit de mes mains cette banquette repas en bois, assez grande pour accueillir notre famille nombreuse.

C'est aussi moi qui ai choisi les tissus, les fermetures éclair et qui ai cousu les housses des coussins de mousse sur lesquels nous reposons.

J'ai monté et décoré cette table en bois brut, choisi de jolis bougeoirs sculptés pour nos rituels de repas, et des sets de table en toile de jute avec une inscription "la maison du bonheur" à l'image de ce à quoi nous aspirons dans notre écrin.

Ce sont toujours mes mains, aidées de celles de mon mari cette fois, qui ont construit la cloison ajourée en tasseaux de bois qui referme cet espace "cocoon", tout en laissant pénétrer la lumière du jour entre deux lattes de bois ; me rappelant au passage des moments de joie, de bricolage en duo, de complicité et de rire.

Nous avons construit notre bonheur de nos mains...

Je choisis toujours la même place pour mon petit-déjeuner ; celle qui fait face à la baie. Je dispose ainsi d'un "vaste écran en 3D", à travers lequel je peux contempler la nature gelée en hiver et les animaux qui me font parfois l'honneur de gambader ici : sangliers, biches, et lapins principalement.

Je me pose sur la banquette, les jambes en tailleur, afin de créer un nid douillet pour accueillir mon cadet.

Il se love au creux de moi chaque matin, et qu'est-ce que j'aime ça.

Ma main caresse son dos à travers son pyjama de velours tout doux et si chaud. Je penche ma tête pour embrasser la sienne, et prendre une bouffée de son odeur de bébé. Se faisant, je me retrouve sur le chemin d'un de ses rayons de soleil qui s'immiscent entre les tasseaux de bois de la cloison. Me voilà éclairée d'un rayon solaire flamboyant, que j'imagine déposant sur moi des ondes régénératrices.

A cet instant, la chanson "Fields of gold" de Sting démarre sur l’enceinte. Cette chanson me fait toujours vibrer, mais à cet instant, le soleil, qui dépose sur moi ses premiers rayons du matin, me fait carrément voyager à travers "les champs d'or".

Je ferme les yeux et me revoie, petite fille, en plein été, dans ma campagne Solognote, à parcourir les champs de blé, de maïs et de colza (désolé Sting, pas d’orge ici). Je me souviens de ces herbes séchées qui gratouillent les mollets, de tous les bouquets que j’ai cueilli pour ma Maman, des bleuets et des coquelicots à perte de vue, des vieilles éoliennes métalliques et des chevaux qui nous allions voir près de la maison dans cet enclos entouré de mûriers sauvages...

Je suis envahie d’une énorme bouffée de gratitude, de joie, et peut-être aussi un brin de nostalgie, faisant monter au creux de mes yeux une petit larme quand le visage de mon Père, décédé aujourd’hui, refait aussi surface, souriant, dans la maison de mon enfance.

La chanson ne dure que quelques minutes, et pourtant j'ai l'impression d'être partie des heures, en balade, dans la campagne de mon enfance. Le temps s'est comme suspendu, l'espace d'un instant.

J'ouvre les yeux, ressourcée et remplie de lumière et d’amour inconditionnel. Mon petit me regarde et me souris. Je dépose un baiser et un "je t'aime" au creux de son oreille et déjà la chanson touche à sa fin.

Je remercie la magie de la vie pour cet instant d'évasion, et déjà la chanson suivante est lancée automatiquement.

"Wonderful life" par Katie Melua.

No need to run... It's a wonderful, wonderful life !

Tout est parfait.

Elodie K

Mère d'une famille complètement atypique,

Défenseuse du "slow"

Amoureuse de la vie

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