Vérisme médical - partie 3

3ème passage aux urgences.

Nous sommes dimanche. Mes enfants étaient malades ce week-end. Je me suis moi aussi réveillée très enrhumée samedi, avec de la toux et des douleurs à la respiration. Nous avons fait le test et, sans grande surprise, mes enfants et moi sommes positifs au covid. Mon fils ainé l'avait ramené de ses vacances en Bretagne il y a une semaine. Je pensais que c'était derrière nous mais non. Toujours positive et bien symptomatique.

J'arrive donc aux urgences avec un masque ce jour là. J'ai longtemps hésité à me rendre au rendez-vous pour ne pas mettre en danger les futures mamans que j'allai croiser. Mais il faut moi aussi que je me soigne. Selon le diagnostic, cela peut être grave.

J'arrive donc aux urgences, passe par le secrétariat. La sage femme qui s'occupe des admissions du dimanche me remercie d'avoir mis un masque. C'est juste normal pour moi de ne pas contaminer les autres. Apparemment, maintenant que la "crise du covid" est passée, les gens s'en foutent royalement. Et elle m'explique qu'ils recoivent beaucoup de patients positifs qui ne prennent pas cette peine de protéger les autres...

Après une heure et demi d'attente, on vient me chercher pour faire cette fameuse prise de sang qui devra trancher entre les deux diagnostics évoqués avant hier : fausse couche ou grossesse extra utérine, l'interne ayant éliminé la possibilité que cette grossesse tourne bien.

La sage femme me conseille de ne pas passer mon heure d'attente des résultats dans l'hopital (surement à cause du covid). De toute façon, j'ai besoin de prendre l'air.

Comme à chaque fois, je suis venue seule. J'ai besoin de calme. Je descends pour me poser, et écrire avec un bon café. Pas de chance, la cafétéria n'est pas encore ouverte (on est dimanche) et le distributeur est en panne.

J'ai une heure devant moi, j'ai le temps d'arpenter le quartier...

Le parking, habituellement saturé, est presque vide. Il règne toujours une ambiance très particulière dans les hopitaux le dimanche. Dehors, quasiment pas de traffic non plus. Je croise deux voitures seulement.

Après 2 boulangeries fermées, je finis enfin par trouver un coin pour m'accueillir.

Je tiens à garder une trace de tout ça. Parce que les vrais récits sont, à mes yeux, les gardiens de l'histoire et de la vérité. Moi qui prend beaucoup de distance avec les médias et leurs actualités déformées, j'aime avoir des avis plus factuels sur tout un tas de sujets. Bien sur, on ne peut pas complètement être neutre, et j'en parlerais plus tard mais notre cerveau, nos perceptions, notre vécu... influencent forcément l'expérience. Mais sans arrière-pensées politiques ou commerciales en tout cas.

Comme dirait cette grande coach dont j'ai déjà parlé sur mon blog

"vis comme si tu devais raconter l'histoire".

Pour moi qui m'efforce de vivre dans l'instant présent, qui suis attentive aux détails, qui apprécie le beau dans toutes ses facettes, et avec des sens exacerbés (hypersensibles), c'est facile. Les mots me viennent déjà en tête à chaque instant. Je sais toujours comment je décrirais ce que je vois ou ce que je ressens.

Mais je me rend aussi compte que notre mémoire peut vite nous faire défaut. Parfois, on vit des moments si forts qu'on pense ne jamais pouvoir les oublier. Pourtant, quand on décide de retracer l'hisoire, il y a parfois des détails, des subtilités, qui passent à la trappe.

Et ce sont pourtant dans ces petits détails que se cachent souvent les plus beaux trésors, les plus grandes compréhensions.

Je suis définitivement amoureuse des petits détails. C'est pour cela que j'aime écrire au fur et à mesure. Pour ne pas les perdre.

J'arrive aux urgences. Je m'assieds dans la salle d'attente.

C'est fou comme notre cerveau interprète tout, tout le temps, avec son propre filtre.

Je décide de me concentrer sur l'instant présent afin de ne pas stresser.

Je regarde le mur face à moi. Il est rouge vif et me rappelle directement mes pertes de sang...

Je me demande qui choisit les couleurs des murs des hôpitaux ? Est ce qu'il y a des recherches de faites en terme de feng shui ou de chromothérapie ? Les couleurs ont un langage après tout. Je n'aurais pas forcément mis du rouge vif dans une salle d'attente... Bref.

Je regarde ensuite le mur du couloir. Il est recouvert de tout son long d'une fresque, surement réalisée par un artiste local. Il y a l'adresse d'un site internet dans un coin.

Je vois, sur le mur qui fait face à la salle d'attente, une partie de cette fresque. On y découvre des volutes, qui ne sont pas sans rappeler les courbes du corps d'une femme enceinte.

Au dessus du supposé ventre de parturiente, on voit comme des petites feuilles qui tourbillonnent et se terminent en une volée d'oiseaux. Mon cerveau y voit une âme qui s'envole du ventre, une grossesse qui prend fin.

Fichu système réticulé activateur !!!

Je ne sais pas ce qui est le pire. Avoir ce cerveau qui tourne en boucle, ou avoir assez de recul pour comprendre ce qui se joue au niveau neuronal mais ne rien pouvoir y faire malgré tout...

La sage femme me sort de mes réflexions et me demande de la suivre. Avant même d'arriver au box de consultation je lui demande les résultats de la prise de sang.

Enfin, le taux de beta hcg a baissé. Dans ma tête, les liens se font vite. Apaisement. Cela chuté, c'est donc une fausse couche qui s'évacue naturellement. Il ne reste plus qu'à faire les prises de sang chaque semaine jusqu'à arriver à zéro. Au moins, maintenant on sait. Ce n'est pas heureux comme évènement, mais à ce stade c'est le moins pire des scénarios qui pouvaient arriver.

Je vois l'interne dans son bureau. Elle ne tient pas tout à fait le même discours. La grossesse extra utérine n'est pas encore écartée pour elle. Elle réalise d'ailleurs une autre échographie qui ne montre toujours rien du tout, ni dans l'utérus ni ailleurs. Elle me dit qu'il arrive parfois que le taux baisse puis remonte....

En définitive, cette fois encore, aucune certitude sur le diagnostic.

Elle me dit de revenir à nouveau dans 48h,

de passer par le labo pour la prise de sang

puis revenir aux urgences.

Cela ne va donc jamas s'arrêter...

Elodie K

Mère d'une famille complètement atypique, défenseuse du "slow" et amoureuse de la vie. Ici pour vous partager mes réflexions, mes prises de conscience et mes moments suspendus.

Elodie K

Mère d'une famille complètement atypique,

Défenseuse du "slow"

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