

4ème RDV aux urgences.
Au vue de la dernière prise de sang avant hier, je suis plutôt confiante ce jour là. Je me dis que cette nouvelle prise de sang va montrer que le taux continue de baisser, valider le diagnostic de fausse couche et que les choses vont reprendre leur cours normal.
Je fais donc la prise de sang, et me rend à la cafétéria.
Aujourd'hui, je teste le cappuccino speculos ; additionné à la météo des derniers jours, ça sent déjà l'automne dès le 1er août...
La personne au laboratoire qui a réalisé cette 6ème prise de sang a compris que le scotch me fait plus de mal que les piqures ! Et oui, j'ai la grande chance d'avoir un corps qui ne supporte pas grand chose : les antalgiques en tout genre, la colle des pansements et sparadraps, à peu près tous les outillages médicaux et traitements médicamenteux...
Avis quand même aux fournisseurs de scotchs et autres sparadraps qui passeront par ici... Il y a encore de la recherche à faire ! Vive le micropore (à moindre mal car il fait mal quand même) et merci Madame de vous en être soucié.

Je vais bientôt monter dans le service et mettre fin à ce cauchemar.
Me retrouver au milieu des femmes prêtes à accoucher tous les deux jours n'est pas forcément ce qui me met en joie à l'heure actuelle.
Je n'ai jamais compris pourquoi on mélange les personnes vivants une fausse couche, une grossesse extra utérine, une interruption volontaire ou médicale de grossesse, des annonces de cancer gynécologiques... avec des femmes enceintes qui vont bientôt accueillir leur joli poupon. Pourquoi ne pas prendre en charge ces pathologies avec le service de PMA par exemple. Les émotions et la vibration sont plus proches...
Cela dit, si on souhaite rester positive et dans une vibration haute dans l'espoir que les choses s'arrangent, il vaut peut être mieux se nourrir de l'énergie des futures mamans en bonne santé... Mais sur l'instant, c'est pas vraiment le mood.
Et puis, ce sont finalement elles qui prennent en pleine face les énergies plus sombres des personnes avec un pronostic moins heureux...

Depuis samedi, mes symptômes du COVID se sont accentués. Je ne cesse de me demander si c'est ce fichu virus qui m'a pris mon bébé en provoquant une fausse couche, mais je n'aurais surement jamais la réponse.
J'ai commencé à chercher le sens de tout ça, le message derrière cet évènement, afin de pouvoir avancer sans trainer un gros sac de pierres avec moi.
Chaque évènement, chaque symptôme, chaque maladie détient sa signification spirituelle. Le mal a dit... Notre corps nous parle.
Mais encore faut-il savoir de quoi on souffre ! Grossesse extra utérine ou fausse couche ? Pas les mêmes interprétations.
J'ai quand même commencé à chercher... Et au final, je me sens encore plus mal. Je suis envahie d'un gros sentiment de culpabilité à l'idée que mon subconscient ai pu créer cette situation. Parfois, on est finalement plus heureux sans savoir. Ou peut être qu'il faut se laisser du temps avant de chercher à interpréter les messages.
Cette fois, je monte dans le service, confiante, persuadée que le taux aura continué tranquillement de baisser.
Arrivée dans le service, la salle d'attente est encore pleine. Un couple dans la vingtaine dont la femme dit à chaque fois qu'elle voit une femme à terme passer "mon dieu jamais ça".
Trois autres femmes sont là, accompagnés de leurs mères malgré qu'elles semblent avoir entre 30 et 40 ans. Cela reste une histoire de femmes...
Et je vais devoir patienter une bonne heure et demi avant d'être reçue.
Je rentre dans le box. Nouvelle interne, nouvelle sage femme. Nouveau regard sur la situation.
L'interne m'annonce que le taux de beta HCG a remonté.
Je n'avais pas prévu ça.
Déjà, ce n'est pas une fausse couche puisque le taux remonte.
Cela signifie qu'un embryon continue de se développer.
Elle refait donc un examen ainsi qu'une échographie mais toujours aucune masse nulle part. Elle propose d'effectuer un prélèvement à la recherche de vilosités, qui pourrait dire si cette grossesse se développe dans l'utérus ou les trompes. Elle dit que c'est plus prudent plutôt que de faire une injection à l'aveugle et je lui dit que justement, je n'étais pas très partante pour cette solution. En revanche, je demande pourquoi cet examen n'a pas été fait avant. Cela aurait évité pas mal d'allers retours, d'attente et de stress. Elle me dit qu'étant invasif, cela peut provoquer une fausse couche pour le coup sur une grossesse viable.
Je lui dit : "oui mais là, foutu pour foutu, on a rien à perdre." Alors j'accepte pour enfin être fixée car cet ascenseur émotionnel me tue à petit feu.
Et là, elle me dit qu'il arrive dans de rares cas que la grossesse commence ainsi mais débouche sur un bébé en bonne santé.
Quoi ????
A cet instant, je prends une grosse claque car je pensais cette option complètement réduite à néant ! En tout cas, c'était le discours de l'interne précédente. Et je m'étais préparé à ça. J'avais pleuré, nettoyé, intégré que cette histoire ne finirait pas avec un beau bébé à la fin.
Je suis choquée.
Elle est en train de me dire que cela pourrait bien finir !! Je ne sais plus quoi penser du tout !
J'accepte de faire le test, pour qu'on sache enfin.
Elle me dit de revenir dans une heure pour les résultats.
J'appelle mon mari pour lui annoncer cet énorme ascenseur émotionnel. Il est abasourdi lui aussi. idem pour ma mère qui garde mes enfants. (et attrape par la même occasion le COVID, nouvelle source de culpabilité pour moi)

Je retourne à la cafétéria et à mon écriture, mais rien ne sort. Ma tête tourbillone. Ce qui paraissait clair et compréhensible il y a une heure ne l'est plus du tout.
Je ne sais pas si cela vient de moi ou si c'est pareil pour tout le monde, mais mon cerveau, pensant cette grossesse définitivement perdue, avait déjà fait de nouveaux plans, avait choisit une nouvelle direction pour les semaines à venir, envisageait de nouveaux projets d'un tout autre genre...
Et voilà que le doute s'installe à nouveau, mettant un gros coup de pied au c*** de mes projets. Voilà que cette interne a fait renaître l'espoir, mettant par la même occasion le contrat de confiance entre les urgences et moi en suspend.
Comment savoir qui écouter ?
Deux médecins, deux sages femmes, deux avis contradictoires.
Deux salle, deux ambiances quoi...
Je sais bien que les médecins n'ont pas la science infuse. Je ne suis pas de celles qui mettent les docteurs sur un pied d'estale. Mais pour avoir fait partie du système de soins quelques temps, je sais qu'un médecin ne donne jamais d'espoir ou de pronostic sans avoir un pourcentage de certitude relativement élevé. Les médecins sont frileux quand il s'agit de délais, d'issue, de probabilité, d'espoir...
Si elle m'a dit cela, c'est forcément qu'elle y croit. Dire qu'il y a 4 jours on me parlait déjà de m'injecter ce produit pour tuer l'embryon...
Je pensais que l'attente serait interminable mais je pense que mon cerveau a tellement tourné pendant cette heure, que déjà, il est l'heure de remonter dans le service.

A ce stade, l'interne m'a expliqué 3 possibilités.
Soit le test n'est pas contributif, c'est à dire qu'il y a trop de sang pour avoir un résultat interprétable et donc on n'en saura pas plus.
Soit le test est négatif, prouvant que l'embryon ne s'est pas développé dans l'utérus et donc potentiellement ailleurs et donc il faudra m'injecter le produit pour traiter cette grossesse extra utérine.
Soit le test est positif, ce qui voudrait dire que cet embryon se développe, avec peine quand même, dans l'utérus, auquel cas seul le temps nous dira si cela finira en fausse couche ou en grossesse normale ayant juste eu un début difficile.
Comme elle m'a dit, après tout c'est quoi 1 semaine sur toute une grossesse ?
J'entre dans le bureau. Je vois sur le visage de l'interne que l'ambiance n'est plus la même.
Son visage est fermé, celui de la sage femme à côté aussi.
Elle commence par me dire que le test n'est pas contributif.
Pour autant, elle me dit "nous sommes unanimes, c'est une grossesse extra utérine".
Je ne comprends pas. Unanime de quoi ? Il y a une heure elle me parlait de grossesse viable. Il y a une heure elle me disait qu'un test non contributif ne donnerait pas de diagnostic.
Elle me dit s'être entretenu avec ses seniors, qu'ils sont tous d'accord pour dire que c'est une GEU, qu'elle n'aurait pas du me donner de faux espoir, et que maintenant il faut m'injecter le fameux produit que je ne veux pas recevoir à l'aveugle.
C'est la douche froide. Pourquoi m'avoir donné tant d'espoir et retourner ainsi sa veste ensuite. Je suis dépitée. Je me dis qu'ils donnent surtout l'impression de n'être sûrs de rien.
On parle d'une vie là ! D'un bébé. Et peut être aussi de la mienne selon l'issue de tout ça.
Je lui répète que je ne suis pas très ouverte au traitement à l'aveugle. Mon passé médical est déjà bien compliqué.
Chaque fois que j'ai du subir une intervention "de routine", ça a fini en catastrophe.
Chaque fois qu'on m'a injecté un traitement, le pharmacien de l'hôpital venait dans ma chambre pour enrichir le VIDAL (bible des médicaments) et faire une nouvelle déclaration d'effets secondaires.
Vous savez, quand on vous présente les risques d'un geste chirurgical ou d'un traitement, on vous dit "dans 99,99% des cas tout va bien". Moi je vous le dis pour l'avoir vécu, quand vous êtes le 0,01% vous vous en foutez des statistiques. Ce que vous voyez, c'est que vous n'aviez pas imaginé une seule seconde l'ampleur de ce qui pouvait se passer dans ces cas là !
Autant la dernière fois j'étais célibataire sans enfant, autant là j'ai un mari et 3 enfants en bas âge qui comptent sur moi. Je ne veux pas prendre de risque.
Je leur demande, dans le pire des cas ce qui pourrait se passer. Elles restent très évasives... Je me sens incomprise.
Je leur demande aussi (et je l'avais déjà fait avec l'interne précédente) s'il existe une probabilité, aussi infime soit-elle, que ces beta HCG soient produits par autre chose qu'une grossesse, ailleurs dans mon corps. Elles me soutiennent à 100% que c'est IMPOSSIBLE !
Bizarre, car j'ai pourtant lu des comptes rendus médicaux qui disaient le contraire...
Elles concluent en me disant qu'il faut maintenant m'injecter le produit, sinon cette grossesse peut se rompre et engager mon pronostic vital.
Je n'ai pas de fièvre.
Aucune douleur.
Aucune masse à la palpation.
Aucune image sur l'échographie.
Comment peuvent ils être si formels et vouloir m'injecter un produit, à faible dose certes mais non sans risque, à l'aveugle ?

Elles me disent qu'elles vont commander le produit, qui doit être préparé sur mesure par la pharmacie de l'hôpital, et me font patienter avant l'injection en salle d'attente.
Je pleure encore. Que se passe-t-il ? J'ai l'impression de ne pas avoir le temps de réfléchir. Tout s'accélère, les avis sont contradictoires, les examens non contributifs et pourtant on me pousse à la hâte vers un traitement qui me donne de mauvais pressentiments...
J'essaye de garder les idées claires, et d'activer mes ressources internes, à savoir mes connaissances en paramédical. Je tourne la situation dans tous les sens.
Mais déjà, la sage femme revient. Elle m'installe sur un brancard dans un box. Me demande de m'allonger afin de recevoir le produit en intramusculaire. Elle me demande si j'ai une dernière question avant de commencer. Je lui réponds :
"Je coupe peut-être les cheveux en quatre, mais injecter un immuno-suppresseur, même en faible quantité, sur une personne qui a le covid ne me semble pas très approprié. Mais peut être que je me trompe, après tout je ne suis pas médecin".
Elle me regarde avec de grands yeux et me dit "non mais en fait elle est hyper pertinente votre question. Ne bougez pas, je reviens". Je l'entends passer dans la salle d'à côté et répéter ma question à l'interne. Elle lui dit d'appeler le médecin sénior car elle est perdue ! Très rassurant.
Le médecin sénior demande d'arrêter la procédure. "Non pas que vous ayez raison Madame, mais comme le cas ne s'est jamais présenté, dans le doute, on va attendre. Après tout il n'y a pas d'urgence, vous êtes asymptomatique. Revenez dans 48 heures pour l'injection."
Sérieusement ????
Et si je n'avais aucune connaissance, et si je n'avais rien dit, que ce serait-il passé ?
Et le degré d'urgence, on en parle ?
Pourquoi a-t-il soudainement basculé après ma question ? Car avant, on ne m'a pas laissé le choix, me disant que c'était une question de vie ou de mort et que je DEVAIS absolument faire cette infection MAINTENANT !
Mais finalement, on peut encore attendre 48 heures...
Cette fois, la confiance est totalement ROMPUE.
Je rentre chez moi avec une impression d'avoir frôlé le pire.
Il va maintenant falloir réfléchir, discuter avec mon mari, mes amis du monde médical, prendre des décisions, peut être demander d'autres avis...
Bref, il va falloir encore être forte.
Il va falloir prendre des décisions graves.
Il va falloir, plus que jamais, garder la FOI.


Elodie K
Mère d'une famille complètement atypique, défenseuse du "slow" et amoureuse de la vie. Ici pour vous partager mes réflexions, mes prises de conscience et mes moments suspendus.

Elodie K
Mère d'une famille complètement atypique,
Défenseuse du "slow"
Amoureuse de la vie
Créé avec ©systeme.io