

J'ai commencé par me rendre au laboratoire. Quoi qu'il arrive, il me faut des résultats pour voir où en est le taux de beta HCG. Je réalise donc une autre prise de sang.
Cette fois, au lieu d'attendre et de me rendre aux urgences, j'ai RDV avec ma gynécologue, en ville. A la base, ce rendez-vous devait servir à mon suivi de grossesse, mais vu les circonstances, j'ai préféré le conserver afin d'avoir un deuxième avis. Elle me connait bien, elle me suit depuis 8 ans maintenant et m'a accompagné pour la naissance de tous mes enfants. Je lui fait entièrement confiance.
J'ai RDV dans une heure, je me pose donc à la cafétéria, comme à chaque fois. Cette fois, je choisis d'écouter de la musique pour m'apaiser. La cafétéria est presque pleine, aussi à un moment, un homme s'approche de moi et me demande s'il peut s'assoir à ma table car il n'y a plus de table vide. J'accepte bien évidemment en lui décochant un sourire et retire mes écouteurs car je trouve cela mal poli.
Je sors de mes songes et vois des prsonnes autour de nous rire de cet homme. Je n'avais pas fait gaffe avant, mais il porte une robe orange, et une manucure assortie impeccable. Il semble avoir une cinquantaine d'année. Son visage n'est pas maquillé, d'ailleurs il n'est pas rasé. Je vois à son poignet un bracelet. Celui que l'on met aux personnes prises en charge en service psy pour ne pas les perdre.
Si j'entends les gens autour, lui aussi. Comment peut on juger les autres ainsi ? Dans quel monde on vit ? A cet instant je me dis "vous le trouvez bizarre ? Je le suis peut être plus que lui, c'est juste que cela ne se voit pas au premier coup d'oeil".
Je lui souhaite une excellente journée avec un large sourire. Une amie me dit toujours "un sourire peut sauver une vie" et j'y crois. Et à cet instant, il en a besoin de cette chaleur humaine.
Je pars à mon rendez-vous.

J'arrive chez ma gynécologue qui me dit que mes cheveux ont beaucoup poussé. Ca me fait sourire. Elle s'attache aux détails elle aussi. Et toujours un mot gentil.
Je lui explique que je viens la consulter pour avoir un deuxième avis. Elle prend le temps de noter tous les rendez-vous, tous les chiffres que je lui donne. Elle refait le fil de l'hisoire et me dit que globalement, ils n'ont pas fait d'erreur dans la prise en charge, à part vouloir m'injecter le produit avec le covid...
Elle m'explique que les signes sont effectivement en faveur d'une GEU. Que malheureusement, il arrive qu'on ne voit jamais l'embryon sur l'échographie mais qu'il est forcément caché quelquepart. Que si on attend de vouloir le voir, il sera peut-être trop tard et il faudra opérer en urgence, au risque de perdre toute ou partie de ma matrice.
Elle propose de faire une échographie. Un oeil nouveau, un autre appareil... C'est toujours bon à prendre. Elle prend le temps de chercher partout, mais ne trouve rien. Pas de masse suspecte. Pas de bébé dans l'utérus non plus.
Pour elle aussi, l'injection est la meilleure chose à faire.
Il va falloir que je me résigne.
Elle m'explique le protocole. Elle me dis que la dose injectée est assez lourde, on m'a pourtant parlé de dose légère à l'hôpital... Il y aura un quart d'heure de surveillance pour voir je ne fais pas une intolérance au produit. Elle connaît mon passé, elle sait que les traitements agissent toujours mal sur moi. Mais le risque est trop grand. Pour elle, aucune chance que cela débouche sur la naissance d'un bébé en bonne santé. Et le risque, c'est de mettre ma vie en danger.
Il faudra ensuite revenir une semaine plus tard, pour s'assurer que le produit fonctionne. Si ce n'est pas le cas, ils procèderont à une seconde injection. Il faudra ensuite réaliser une prise de sang chaque semaine jusqu'à ce que le résultat retombe à zéro, ce qui prend environ un mois d'après elle. Si le taux ne descend pas, il faudra en dernier lieu opérer. Mais je préfère ne pas y penser.
Je retourne à ma voiture. Le ciel pleure autant que moi ce midi. J'appelle mon mari pour lui dire que je pars faire cette injection. C'est lui qui garde les enfants aujourd'hui.

Je monte au premier étage. Toujours le même circuit : je sonne, on m'ouvre, il faut réexepliquer le motif de ma venue, on reprend mes papiers, mes coordonnées, la personne à prévenir... des fois que j'ai déménagé et divorcé ces deux derniers jours...
On me demande de patienter en salle d'attente. Je retrouve le jeune couple rencontré il y a deux jours. Ils me disent "ah ben comme on se retrouve". Je les trouve mignon. Ils sont beaux et élégants, et on l'air très complices.
Au final, je vais attendre 2h30 avant de voir l'interne. Les patientes ont défilé comme toujours. Celles prêtes à accoucher. Mais aussi celles qui partent en suite de couche, suivies de près par le papa qui ne quitte pas des yeux leur petit bébé dans le couffin à roulettes...
La jeune femme en face de moi a lancé la conversation. Elle est là aussi pour une GEU. Elle me dit qu'au final elle le vit plutôt bien car, de base, elle voulait avorter. Du coup, elle se sent moins coupable du fait que de toute façon cette grossesse n'était pas viable.
Elle me pose des questions sur moi, si j'ai des enfants, pourquoi je suis là... Son copain me dit "wahou mais t'as l'âge de ma mère quoi. J'aurais jamais deviné". C'est gentil. Ou pas. Moi je décide que c'est flatteur.
Ils sont sympathiques. On discute longtemps. On parle du désir de grossesse, de la signification d'une fausse couche, des familles nombreuses, de leur éducation, de leur culture (lui est arabe)... Pour le coup, ils m'ont bien fait passer le temps. J'adore écouter leur histoire, c'est touchant. Elle me parle de la pression qu'elle se met et de ses doutes sur sa capacité à être une bonne maman, ayant des parents éducateurs avec un avis bien tranché sur les enfants dont les parents s'occupent mal ou pas assez.
Je pense que cela lui a fait du bien de discuter. Elle m'a d'ailleurs remercié avant de partir en consultation. Et moi, ça me rappelle combien chaque situation en apparence identique peut être vécue de façon diamétralement opposée.
Mon tour arrive enfin.

L'interne se présente (c'est une nouvelle que je n'ai jamais vu) et me dit qu'à force je vais toutes les connaître. Elle me dit d'ailleurs que pour elle, ce n'est pas plus mal, ça permet d'avoir des approches différentes. Je lui dis que cela laisse aussi la place à des discours divergents et donc une rupture de confiance... Question de point de vue !
On discute. Je lui dis que je suis allée voir ma gynécologue afin d'avoir son avis. Elle me dit que j'ai eu raison. Je lui redis que je suis vraiment réticente à l'injection de ce produit. Non pas que j'ai encore de l'espoir pour cette grossesse. J'ai bien compris qu'il n'y a aucun bébé dans mon utérus. Non, cette fois j'ai peur pour moi. J'ai peur des effets secondaires. De la réaction de mon corps.
Elle me dit que le seul effet c'est une semaine de fatigue.
Elle me demande si je suis séparée du père du bébé. Je lui dis que non, qu'il garde simplement nos trois enfants à la maison comme nous sommes en période de vacances scolaires. Elle me demande pourquoi je suis venue seule. Je lui dis que j'ai simplement besoin de temps et d'espace pour moi.
De nos jours, les gens ont du mal à se retrouver seuls avec eux-mêmes.
Pour moi, c'est juste vital à certains moments.
Je lui dis que je n'ai pas envie de faire la conversation à quelqu'un. J'ai pas envie de devoir leur expliquer les choses qu'ils ne comprennent pas. Je n'ai pas envie de leur remonter le moral alors que, tout de suite, c'est moi qui en ai besoin.
J'ai toujours été le noyau dur. Celle qui prend soin des autres. Celle qui encaisse les coups durs en gardant la tête froide. Celle qui sait garder le cap dans la tempête. Celle qui ouvre les bras aux âmes sensibles qui ont besoin de déposer leur chagrin et leurs peurs. Celle qui prend les décisions difficiles. Celle qui ne craque pas...
Mais aujourd'hui, j'ai besoin de remplir ma coupe avant de m'occuper des autres. Je sais prendre soin des autres, mais par débordement. J'ai mis presque 40 années à le comprendre. J'ai cruellement besoin de combler mes besoins pour mieux prendre soin des autres. Et à cet instant, je sens que ma coupe est presque totalement vide.
Elle me dit que si je ne souhaite pas avancer seule, elle peut m'orienter vers des psychologues. Pour le moment, ce n'est pas mon souhait. Mon psy à moi, c'est l'écriture. Cela me permet de mettre de la distance avec les évènements, de comprendre ce qui se passe, de vivre mes émotions et de les laisser partir. Chacun sa façon de faire du moment qu'elle est efficace.

L'interne commande donc le produit et me fait patienter en salle d'attente. J'avais déjà reçu de l'interne précédente les ordonnances pour la suite de la prise en charge.
Encore une heure passe avant que la sage femme vienne me chercher pour l'injection.
Elle me fait allonger sur un brancard et me demande si on m'a expliqué la suite. Je lui dis que globalement oui. Je lui demande quand même si ce sera douloureux. Pas l'injection, mais la semaine qui suit. Elle me dit que non. Etrangement, on m'a donné une ordonnance avec 4 antalgiques différents dessus...
Au moment où l'aiguille traverse ma peau, je sens une larme couler sur ma joue.
Je m'attendais à ce qu'elle me fasse la conversation, histoire de "remplir" ce quart d'heure d'observation post injection. Mais il n'en ai rien. Elle me dit "c'est bon vous pouvez rentrer chez vous".
Moins de deux minutes après l'injection je suis au volant de ma voiture. Je trouve ça encore une fois très limite. Dans la voiture, je reçois un appel de l'interne, étonnée que je sois déjà partie.
Elle me demande si j'ai bien toutes mes ordonnances, et que je revienne si je ressens, avant la convocation dans 7 jours, de fortres douleurs ou simplement l'envie de parler.
Je pleure quasiment tout le temps du trajet de retour.
Arrivée à la maison, les effets secondaires commencent...
Fortes nausées, diarrhée, vertige, mal de tête intense et vision brouillée. (qui finir a en conjonctivite)
Je m'en doutais un peu qu'il n' aurait pas que de la fatigue...
J'envoie mon mari à la pharmacie avec l'ordonnance en lui précisant de demander à la pharmacienne si c'est vraiment judicieux de prendre l'ibuprofène prescrit en sortant du covid.
Elle confirme qu'il ne faut pas le prendre.
Encore un détail passé à l'as par les urgences...
Ce qui me fait peur dans tout ça, c'est que ce n'est pas la première fois.
Pas la première fois que j'évite des gros soucis, à moi ou mon etourage, grâce à mes quelques connaissances du milieu médical.
Je pense alors à toutes ces personnes qui n'ont pas d'autre choix que de faire une confiance aveugle dans ce système de soins qui part en vrille.
Je ne jette pas la faute sur le personnel, souvent mis à rude épreuve, parfois contraint à une maltraitance institutionelle dont ils se seraient bien passé et pour laquelle ils n'ont pas signé.
Mais ça me fait sourire lorsque je parle d'expatriation et qu'on me dit à chaque fois que je vais perdre notre super système de soins.
A force de se prendre pour les meilleurs, on va finir par dormir sur nos lauriers...
Le meilleur en terme financier ? Probablement grâce à notre système de sécurité sociale (encore qu'ils ne profitent pas à tout le monde de la même manière mais c'est un autre débat).
Le meilleur en terme de qualité de soins ? Ca, j'en doute.
Bref, encore une histoire de fric. Toujours le fric.

Pour la petite histoire, fatiguée de mes symptômes, j'ai recherché des informations fiables, puisqu'on m'en a donné aucune ici. (l'interne me l'a dit, les autres patientes posent moins de question d'habitude...)
Pour information, le site du CHU de Genève est très bien documenté et je le conseille à toute personne subissant une injection de Methotrexate en traitement d'une grossesse extra utérine.
J'ai pu y apprendre que TOUS mes symptômes font partie des effets secondaires attendus dans ce traitement. (j'ai échappé à l'eruption cutanée et l'inflammation de la bouche, quelle chance).
J'ai aussi appris qu'il ne fallait pas boire d'alcool pendant la semaine qui suit l'injection
(c'est pas comme si je leur ai dit que je vends du vin...),
ne pas s'exposer au soleil dans les 2 semaines qui suivent l'injection
(c'est pas comme si on était au mois d'août...),
ne pas prendre d'anti inflammatoire
(c'est rigolo ça, les mêmes qu'on m'a prescrit et que je n'ai pas voulu prendre à cause de mon covid...)
et plein d'autres gestes de prévention dont on ne m'a absolument pas parlé lors de mes 5 passages aux urgences...
La santé est vraiment devenu un véritable BUSINESS où l'argent prend, là aussi, plus de place que l'HUMAIN !
J'en parlais encore ce matin avec ma meilleure amie, infirmière libérale et ancienne pompier volontaire, qui pense comme moi qu'il est temps de repenser notre santé et notre système de soins.
A quand la grosse crise de la santé et la prise de conscience que la PREVENTION et les MEDECINES PARALLELES sont la clé pour améliorer notre santé !
Pour ma part, j'ai rendez-vous une semaine après l'injection pour un contrôle aux urgences.
Trois jours après l'injection, je subit toujours les effets secondaires.
Le moral, lui, reprend du poil de la bête. La vie continue. Je profite des mes enfants, mon mari, mon jardin, le soleil qui revient...
Je cuisine, je fais de la couture, des confitures... Tout ce qui me met en joie.
Je prends du recul et fais le bilan de ce que cet épisode est venu m'apprendre sur moi, mes priorités, mes envies.
Tout est parfait.

Elodie K
Mère d'une famille complètement atypique, défenseuse du "slow" et amoureuse de la vie. Ici pour vous partager mes réflexions, mes prises de conscience et mes moments suspendus.

Elodie K
Mère d'une famille complètement atypique,
Défenseuse du "slow"
Amoureuse de la vie
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